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Maryse Alcindor

Lauréat 

Mars

1995

Née à Haïti, « la première république noire », Maryse Alcindor a toujours travaillé à faire respecter les droits de la personne sans jamais faire de compromis. Elle croit fermement que la discrimination sous toutes ses formes ne doit pas être tolérée dans une société démocratique. Tout d’abord professeure, puis avocate, elle est maintenant directrice de l’éducation à la Commission des droits de la personne et de la jeunesse du Québec et continue plus que jamais à soulever des questions de droit humain et de susciter l’admiration de tous ceux qui l’entourent. Maryse Alcindor a immigré au Québec en 1965. Un an plus tard, elle obtient son diplôme en enseignement de l’Institut pédagogique de la congrégation Notre-Dame. Au cours de la même année, elle reçoit un baccalauréat en pédagogie de l’Université de Montréal. En 1967, elle commence à enseigner l’histoire et le français dans plusieurs écoles : Saint-Donat, Édouard-Montpetit et Marguerite-de-Lajemmerais. Afin d’étancher sa soif de connaissance, elle a poursuivi ses études et obtenu son baccalauréat et une maîtrise en arts à l’UQAM en 1978. L’année précédente, elle a réorienté sa carrière en enseignement et a entrepris des études en droit à l’Université de Montréal d’où elle obtient son diplôme en 1980. En septembre 1980, Maryse Alcindor est professeure d’histoire internationale et d’économie à l’École secondaire Henri-Bourassa lorsqu’elle est confrontée à des tensions raciales qui secouent l’école. Le problème reçoit une couverture médiatique pendant quelques mois avant que des affrontements violents surviennent entre des groupes d’étudiants. Afin d’encourager un dialogue constructif, Maryse Alcindor présente le projet Haïti-Québec, une activité qui vise à rapprocher les jeunes par le biais de séances hebdomadaires dans lesquelles ils partagent leurs problèmes, leurs peurs et leurs rêves. Les conversations sont parfois très animées, mais chacun devait respecter l’opinion de l’autre. L’apprentissage de la démocratie, l’acceptation de la différence et la promotion de l’égalité dans la dignité étaient les graines plantées dans ces jeunes. Le dévouement exceptionnel dont Maryse Alcindor a fait preuve dans tout ce qu’elle a accompli a été reconnu en juin 1981, lorsque les étudiants de l’école Henri-Bourassa l’ont élue « professeur de l’année ». Quelques mois plus tard, c’est auprès des étudiants de l’École secondaire Marie-Anne que Maryse va offrir son dévouement et partager ses convictions. Dans cette école, qui propose des cours spéciaux aux décrocheurs, elle fait la connaissance d’une clientèle mixte aux besoins bien différents de ceux auxquels les structures traditionnelles répondent habituellement. Ainsi, avec ses collègues, elle ouvre de nouveaux sentiers auxquels elle se consacre corps et âme pendant 4 ans. En 1985, Maryse Alcindor cesse d’enseigner pour se joindre à la Commission des droits de la personne et de la jeunesse du Québec. Depuis, elle a participé à plusieurs enquêtes importantes, dont deux fortement médiatisées. La première traitait, parmi autre chose, des conditions de vie des patients de l’Hôpital Rivière-des-Prairies, une expérience qui l’a marquée profondément. Elle découvre « les effets d’une dérive pernicieuse qui justifie des violations de droits de la personne afin de protéger les plus vulnérables en raison de leur âge et leur handicap ». En 1987, après la mort d’Anthony Griffin, Maryse a représenté Commission des droits de la personne et de la jeunesse sur le Comité des minorités visibles. Les résultats de cette enquête publique publiés en 1988 ont secoué le Québec. Ils démontraient que le problème imprégnait la société québécoise, de ses hauts dirigeants jusqu’aux simples citoyens, qui affichaient des signes troublants d’intolérance dans l’acceptation des Québécois de toute origine. Le résultat indiquant clairement que la seule action possible à entreprendre en était une de justice, de paix et d’égalité. Au cours des quatre dernières années, Maryse Alcindor a été directrice de la Commission des droits de la personne du Québec. Elle s’est impliquée dans le travail communautaire. Elle a participé à des programmes d’intérêt public et des colloques, elle a agi à titre de modératrice dans des ateliers de sensibilisation, en contribuant de différentes façons à améliorer la compréhension et la tolérance entre les différents groupes ethniques. « Je ne veux pas simplement observer les changements. Je veux participer pleinement aux nouveaux défis sociaux et je crois qu’il existe une place spéciale et exceptionnelle pour chacun d’entre nous ». Sa force, sa détermination sereine, mais inébranlable vient de sa famille, famille qui fait maintenant son bonheur et sa fierté : son mari, son partenaire et son inspiration pour les aspects plus originaux de son action, ses filles, qui, au fil des jours, deviennent la réalisation concrète de ses rêves d’une jeunesse noire du Québec fière et libre, de véritables jeunes « néguèss Vanyan » - gardiens de la mémoire de luttes constantes du peuple haïtien. Mais le rêve se continue, et Maryse Alcindor continuera de le poursuivre, parfois seule, mais le plus souvent possible avec d’autres. Comment? Maryse Alcindor sourit : « Pourquoi restreindre l’imagination à l’intérieur des limites que nous connaissons ? Le meilleur n’est-il pas à venir ? »

Lauréat

Mars

1995